« Il est parti, on va recruter, ça va nous coûter une annonce et quelques entretiens. » Si seulement. Le coût réel d'un départ est l'un des chiffres les plus sous-estimés en PME, parce qu'il est dispersé sur six mois et n'apparaît sur aucune ligne comptable.

Le calcul poste par poste

1. Le recrutement (2 000 à 6 000 €)

Rédaction et diffusion de l'annonce, tri des CV, entretiens (multipliez les heures passées par le coût horaire chargé des personnes mobilisées), éventuel cabinet ou jobboard payant. Pour un poste qualifié, comptez 30 à 60 heures de travail interne au total.

2. Le poste vacant (3 000 à 8 000 €)

Entre le départ et l'arrivée du remplaçant : 2 à 4 mois en moyenne pour un poste qualifié. Pendant ce temps, le travail est soit reporté (revenus décalés), soit absorbé par l'équipe (surcharge — voir point 5), soit perdu.

3. L'intégration et la montée en compétence (5 000 à 10 000 €)

Un nouveau collaborateur n'est pleinement productif qu'après 3 à 6 mois. Pendant cette période, il mobilise aussi du temps de formation de ses collègues et de son manager. La moitié d'un trimestre de salaire chargé est un ordre de grandeur réaliste.

4. La perte de savoir (difficile à chiffrer, jamais nulle)

L'historique des dossiers clients, les raccourcis informels, le « pourquoi on fait comme ça » : tout ce qui n'était pas documenté part avec la personne. En PME, où la documentation est rare, c'est souvent le poste le plus douloureux.

5. L'effet sur l'équipe (le multiplicateur silencieux)

Un départ interroge ceux qui restent — surtout s'il révèle un malaise partagé. La surcharge temporaire dégrade le moral, et un départ en entraîne parfois un second : les vagues de démissions commencent presque toujours par une seule.

Total : 15 000 à 25 000 € pour un poste qualifié

C'est la fourchette communément admise pour une PME française, hors postes de direction (où elle explose). Trois départs évitables par an, c'est le salaire d'un mi-temps qui disparaît en pure perte.

Le raisonnement d'investissement

La prévention est presque gratuite en comparaison. Harvard Business Review relève que les entreprises pratiquant le feedback continu affichent un turnover inférieur de 14,9 % : pour une PME de 50 personnes avec un turnover de 15 %, cela représente un à deux départs évités chaque année — soit 15 000 à 50 000 € — pour un investissement qui se compte en centaines d'euros par mois, voire en simples heures de management mieux orientées.

La vraie question n'est donc pas « combien coûte un dispositif d'écoute ? » mais « combien coûte son absence ? ». La réponse est au-dessus.